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Changer de pays pour des raisons fiscales ne se résume pas à comparer deux taux. Entre la France et l’Andorre, l’écart est réel sur de nombreux postes — impôt sur le revenu, sociétés, fiscalité indirecte, charges sociales, patrimoine — mais il dépend surtout de votre résidence fiscale et de la cohérence de votre installation.

Andorre vs France : ce qu’il faut réellement comparer avant de s’expatrier

Comparer la fiscalité en France avec l’Andorre

Voici les éléments concrets à examiner avant toute décision.

Résidence fiscale : le point de départ incontournable

Avant d’analyser les taux, il faut déterminer où vous êtes résident fiscal. C’est ce critère qui désigne l’État compétent pour imposer vos revenus mondiaux. Deux facteurs sont généralement déterminants :

  • La durée de présence (souvent le seuil des 183 jours),
  • Le centre des intérêts vitaux et économiques (famille, logement principal, activité, comptes bancaires, assurance santé).

Une simple carte de séjour ne suffit pas : l’administration examine l’ensemble des indices. En cas de conflit, la convention fiscale entre la France et l’Andorre répartit le droit d’imposer selon des critères hiérarchisés. La cohérence globale de votre vie (logement, travail, scolarisation, flux bancaires) est donc essentielle.

Impôt sur le revenu : un écart visible

Andorre

L’impôt sur le revenu des personnes physiques (IRPF) est progressif mais plafonné à environ 10 %. Les premières tranches bénéficient d’exonérations partielles et la structure reste relativement simple. Certains revenus du capital peuvent être peu taxés voire exonérés sous conditions.

France

Le barème progressif peut atteindre 45 %. À cela s’ajoutent les prélèvements sociaux (17,2 % sur de nombreux revenus du capital). Malgré les abattements et niches fiscales, la pression globale demeure élevée pour les revenus importants. Pour les hauts revenus, l’écart peut être significatif.

Impôt sur les sociétés : 10 % vs 25 %

Andorre

  • Taux standard : 10 %.
  • Régime clair et relativement lisible.
  • Exigence forte de substance économique (activité réelle, locaux, flux justifiables).

France

  • Taux normal : 25 % (avec taux réduit partiel pour certaines PME).
  • Système plus complexe mais riche en dispositifs d’aides (crédits d’impôt, reports, exonérations sectorielles).

L’avantage nominal est clairement du côté andorran, mais la conformité et la substance sont indispensables.

TVA vs IGI : impact sur la consommation

Andorre

  • IGI (équivalent TVA) : 4,5 % au taux standard.
  • Impact direct sur les prix à la consommation.

France

  • TVA standard : 20 %.
  • Taux réduits selon les secteurs (10 %, 5,5 %, 2,1 %).

La fiscalité indirecte contribue fortement au différentiel de coût de la vie.

Cotisations sociales : philosophies différentes

Andorre (CASS)

  • Charges globalement plus faibles.
  • Système plus léger, parfois complété par des assurances privées.

France

  • Charges salariales et patronales élevées.
  • Couverture sociale large (maladie, retraite, chômage).


Le coût du travail est nettement plus élevé en France, mais la protection sociale est plus étendue.

Immobilier et patrimoine

Andorre

  • Pas d’impôt sur la fortune.
  • Fiscalité immobilière modérée.
  • Plus-values taxées selon la durée de détention avec taux dégressifs.

France

  • IFI sur le patrimoine immobilier au-delà d’un seuil.
  • Droits de mutation élevés.
  • Plus-values immobilières soumises à un régime spécifique avec abattements dans le temps.


Pour les patrimoines importants, l’écart peut être significatif.

Transmission et succession

Andorre

  • Droits de succession et donation faibles ou inexistants dans de nombreux cas pour les résidents.
  • Régime simple, mais à coordonner avec le droit international privé.

France

  • Droits progressifs selon le lien de parenté.
  • Abattements renouvelables tous les 15 ans.


La résidence des héritiers ou la localisation des biens peut maintenir une fiscalité française même en cas d’expatriation.

Revenus financiers et dividendes

Andorre

  • Fiscalité légère sur les dividendes dans plusieurs situations.
  • Absence de retenue à la source locale dans certains cas.
  • Banques exigeantes sur la conformité (origine des fonds, substance).

France

  • Flat tax (prélèvement forfaitaire unique) à 30 % en principe.
  • Option possible pour le barème progressif.

Cas typiques d’expatriation

Consultant ou indépendant

En Andorre :

  • IS à 10 %,
  • IRPF modéré,
  • IGI faible.

Mais nécessité de démontrer une activité réelle et de ne pas exercer principalement depuis la France.

Famille salariée

  • Avantage sur l’impôt sur le revenu et la fiscalité indirecte.
  • Attention si des biens locatifs restent en France : ces revenus y demeurent imposables.

Dirigeant de société

  • Arbitrage salaire/dividendes souvent plus souple en Andorre.
  • Vigilance sur la direction effective de l’entreprise.

Points de vigilance avant de changer de résidence

Présence effective en Andorre (>183 jours).

  • Logement principal réel.
  • Activité économique cohérente.
  • Organisation patrimoniale adaptée (immobilier, succession).
  • Respect des obligations déclaratives internationales (CRS).
  • Une expatriation mal structurée peut entraîner une requalification fiscale côté français.

Au final entre la France et l’Andorre : un différentiel réel… si la cohérence suit

La différence fiscale entre Andorre et la France est tangible :

  • IR plafonné à 10 % vs barème jusqu’à 45 %,
  • IS 10 % vs 25 %,
  • IGI 4,5 % vs TVA 20 %,
  • absence d’impôt sur la fortune en Andorre.

Cependant, l’avantage ne devient effectif que si la résidence fiscale est établie de manière solide et si la substance économique est réelle. Bien préparée, une installation en Andorre peut combiner qualité de vie et optimisation légale. Mal structurée, elle peut générer des risques fiscaux importants. La clé reste la cohérence entre votre adresse, votre activité et votre organisation patrimoniale.